6 mai 2026

Produire en France, un impératif stratégique

Edito de Gilbert LE GOFF, Président de la FDSEA 29

Le contexte international actuel, marqué par de fortes tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, met en évidence la fragilité de nos équilibres économiques : en quelques semaines, les échanges mondiaux ont été perturbés et les prix se sont envolés, comme en témoignent les tarifs de l’énergie. Ces conséquences révèlent un enjeu bien plus large : celui de notre souveraineté. Depuis plusieurs années, la France s’est inscrite dans une logique de dépendance croissante vis-à-vis de l’étranger dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, l’industrie, les matières premières ou encore l’alimentation… Or les tensions actuelles montrent clairement que cette dépendance constitue une véritable faiblesse, voire un échec économique et politique !

L’agriculture n’échappe pas à cette réalité. Alors même que la consommation alimentaire reste stable, voire progresse, la production recule dans de nombreuses filières. Ce déséquilibre nous conduit mécaniquement à importer davantage, et de fait à perdre progressivement notre aptitude à nourrir notre propre population !

Pourquoi ce recul ? Les raisons tiennent en grande partie aux entraves qui pèsent sur notre capacité à produire : complexité administrative, surtransposition des normes, instabilité réglementaire, mais aussi attaques incessantes contre les projets. Combien de jeunes jettent l’éponge avant même de s’installer ? Combien d’exploitations renoncent à se lancer dans des projets de modernisation et de restructuration, alors même que ces derniers sont indispensables pour améliorer les conditions de travail comme le bien-être animal, pour rester compétitifs, et pour produire davantage ?

Car contrairement à certaines idées véhiculées dans le débat public, la production agricole n’est pas une option, et encore moins une idéologie ; elle est une nécessité !

La Bretagne dispose de tous les atouts pour accroître sa production. Le rachat de l’abattoir de Châteaulin par le groupe LDC en est une illustration récente, tout comme l’implantation de l’usine Synutra à Carhaix il y a quelques années. Ces projets se font sur notre territoire, et pas ailleurs, car les conditions de réussite (pédoclimatiques, organisationnelles, techniques) y sont toutes réunies !

Mais ces sujets posent clairement la question du rôle de nos responsables politiques. Cela nécessite de leur part des choix clairs, assumés, et un véritable courage politique pour accompagner le développement de la production agricole. Sans matière première, les outils industriels ne tourneront pas ! Le dynamisme économique de la Bretagne est réel ; encore faut-il lui donner les moyens de s’exprimer pleinement sur le terrain. Libérons les énergies !

Dans ce contexte, la loi d’urgence agricole en discussion représente une vraie opportunité. Sans constituer une réforme en profondeur, elle peut néanmoins apporter des réponses concrètes aux revendications exprimées depuis les mobilisations de 2024. La FDSEA et le réseau FNSEA sont au travail et portent auprès des parlementaires des amendements issus du terrain.

Plus que jamais, la situation actuelle nous rappelle que produire est un enjeu stratégique. À nous, collectivement, de défendre une agriculture forte, capable de répondre aux besoins alimentaires de notre pays et de contribuer pleinement à son indépendance et son rayonnement !