Perte de foncier : de meilleures indemnités pour les
exploitants !
Le 5 octobre dernier, un nouveau protocole départemental pour
l’indemnisation des exploitants agricoles en cas d’expropriation est entré en
vigueur. Il vise à une réparation juste et intégrale du préjudice subi du fait
de la perte de foncier.
En février 2008, la Chambre d’agriculture, la FDSEA, JA et l’UDSEA ont
dénoncé l’ancien protocole, qui datait du 31 mai 1991. En effet, il ne répondait
plus au principe de réparation juste et intégrale du préjudice subi par un
exploitant du fait de la dépossession de terres agricoles. Souvent, les
exploitants se voyaient proposer une indemnité forfaitaire à l’hectare,
multipliée par 3 années (durée estimée nécessaire pour retrouver du foncier).
Un enjeu majeur pour les exploitants
Pour ceux qui voulaient se prévaloir d’une indemnité fondée sur la perte
de marge brute, cette dernière était souvent minorée par l’application d’un
coefficient de modulation, en fonction de la valeur locative cadastrale. Du fait
de la complexité des procédures, la perte de marge brute réelle des exploitants
liée à la perte de foncier était rarement prise en compte et l’indemnité versée ne permettait pas
de compenser :
-
le coût
du foncier, qui a considérablement évolué entre 1991 et
2009,
-
l’impossibilité
de retrouver du foncier, et donc d’activer les DPU
perdus,
-
la
remise en cause éventuelle du plan
d’épandage…
Les discussions avec le service des domaines ont permis de remettre à
plat les modalités d’indemnisation des exploitants en cas de perte de foncier.
La terre constitue le principal moyen de production des exploitants
agricoles : toute dépossession entraîne une perte de revenu. L’indemnité
versée aux exploitants doit permettre de rétablir le potentiel économique des
exploitations agricoles.
Les nouvelles dispositions
Le nouveau protocole a été signé par la Chambre d’agriculture, la FDSEA,
JA, la Confédération paysanne, et le Ministère du budget. Les indemnités versées
aux agriculteurs évincés sont désormais basées sur la marge brute réelle des
exploitations qui, ramenée à l’hectare, doit être multipliée par 5 années
(contre 3 auparavant pour les preneurs, et 2 pour les propriétaires
exploitants).
Au regard de la pression foncière extrêmement importante dans le
Finistère, le temps estimé nécessaire pour retrouver du foncier est à présent de
5 années. L’exploitant évincé peut toutefois, s’il le souhaite, se prévaloir
d’une indemnisation forfaitaire établie selon le barème annuel des services
fiscaux. Le nouveau protocole prévoit également que les indemnités versées aux
exploitants doivent prendre en compte les droits à produire et les droits à
paiement issus des politiques agricoles et
environnementales.
Il est également important de rappeler que les modalités de calcul des
indemnités prévues dans le protocole ne se limitent pas au seul cas de
l’expropriation pour cause d’utilité publique. Il sert également de base pour
calculer le montant des indemnisations pour les contraintes établies dans les
périmètres A et P1 des captages d’eau potable, ou pour les fermiers évincés
suite à un changement de destination du foncier (urbanisme, routes…).
Si le protocole départemental fixe un cadre de discussions à l’amiable,
rien n’empêche l’une ou l’autre des parties de saisir la juridiction compétente
en cas désaccord sur le montant des indemnités.
Chambre d’agriculture – Marie-Hélène
Philippe
Service juridique de la FDSEA du Finistère – Marie-Alix
Momot
Article paru dans TerrA du 6 novembre
2009