Nitrates :
De nombreux bénéfices avérés pour la santé
(colloque médical)
Article issu du site de la France Agricole, du 4
avril 2011 (cliquer ici pour le retrouver)
A contre-courant du dogme actuel sur la prétendue
toxicité des nitrates, de nombreuses communications médicales présentées jeudi à
l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière ont montré qu'il faut poser un autre regard
sur les rapports entre cette molécule, les nitrites, l'oxyde nitrique et la
santé.
La plupart des contributions ont en effet mis en
avant des effets bénéfiques avérés émanant des nitrates. Ces interventions
avaient lieu dans le cadre d'un colloque médical organisé par l'association
Adicare (présidée par le cardiologue Christian Cabrol), sous le patronage de
l'Académie nationale de médecine.
De l'eau a en effet coulé sous les ponts depuis un
premier colloque scientifique organisé en 2000 sur cette question, où il avait
déjà été démontré que la norme de 50 mg/l reposait sur du sable. A
l'époque, le docteur Jean-Louis L'Hirondel, à partir des travaux de son père
(pédiatre), avait démonté " l'affaire ". Il est revenu jeudi sur cette
fameuse méthémoglobinémie du nourrisson (maladie bleue), pathologie invoquée à
l'origine aux USA pour justifier une norme en 1962, sur laquelle s'était ensuite
calée à peu de choses près l'Union européenne en 1980.
Jean-Louis L'Hirondel a rappelé qu'il fallait une
prolifération bactérienne considérable, d'au moins 1.000.000 germes/ml
d'eau, et un certain délai d'action, pour permettre la transformation des
nitrates en nitrite dans le biberon (il faudrait par exemple laisser une soupe
de carottes 48 heures à température ambiante pour atteindre ce seuil)
et provoquer la maladie après l'ingestion.
Un déni d'hygiène qu'on ne rencontre heureusement
plus dans les pays développés. Pour preuve, cette maladie propre chez les
humains aux seuls nourrissons a complètement disparu du paysage européen depuis
des lustres. Et ce, d'autant plus que l'eau d'adduction publique doit être
servie à moins de 100 germes/ml.
Aujourd'hui, de nouvelles contributions vont encore
plus à rebrousse poil. En effet, les conséquences du rôle fondamental du NO
(oxyde nitrique) dans la physiologie, objet du prix Nobel de médecine en 1998,
donnent lieu ces dernières années à de nombreuses publications, qui bouleversent
les croyances anciennes.
Dans son intervention, le professeur Nathan Bryan
(Université d'Austin, Texas) a souligné " qu'il y a nombre d'études
– sans controverse – qui montrent l'effet protecteur des nitrates et
des nitrites vis-à-vis des risques cardio-vasculaires ".
Andrew Jones (Université d'Exeter, Grande-Bretagne) a
montré l'impact favorable sur les performances physiques et sportives d'une
supplémentation en nitrate alimentaire (via du jus de betterave rouge)
en termes de puissance musculaire, de résistance à la fatigue et de propension à
consommer moins d'oxygène. Une découverte utile pour les personnes âgées, les
insuffisants respiratoires et tous les sportifs quel que soit leur
niveau.
Le professeur Nigel Benjamin (Universités d'Exeter et
de Plymouth, Royaume-Uni) a insisté sur le rôle protecteur des apports de
nitrates, vis-à-vis des agents pathogènes. La transformation des nitrates en
nitrite dans la cavité buccale sous l'effet de la microflore est
essentielle : c'est une étape fondamentale avant la production de NO dans
l'estomac au contact du suc gastrique. C'est l'action de ce NO qui explique la
protection de l'appareil digestif des agents pathogènes (Escherichia coli,
salmonella, Helicobacter pilori...). Il estime que le maintien en
bonne santé tout au long de la vie suppose une forte consommation de nitrates,
au moyen des légumes riches en nitrates ou au moyen de suppléments alimentaires
extraits des plantes les plus riches en nitrates.
Le professeur Jean-Claude Dussaule (hôpital
Saint-Antoine) a expliqué que certains travaux expérimentaux montrent que
l'apport en nitrites et nitrates, en favorisant la synthèse d'oxyde nitrique, a
un rôle protecteur contre les maladies rénales chroniques.
L'équipe du professeur Jon Lundberg (Karolinska
Institute, Suède) a mis en évidence sur des souris et des rats l'effet fortement
protecteur des nitrates contre l'hypertension et les dysfonctionnements
rénaux.
Une étude étonnante réalisée en 2007, citée par le
docteur L'Hirondel, montre que des Tibétains vivant à 4.200 m d'altitude
ont un taux plasmatique moyen en nitrates 5,9 fois plus important que des
Américains à 260 m. Une adaptation à l'altitude qui interpelle. Compte tenu
de l'effet vasodilatateur des nitrates (autrement dit, la tuyauterie sanguine
est plus ouverte), de leurs effets sur la performance musculaire et d'une
moindre exigence en oxygène, pourrait-on expliquer avec cela la formidable
résistance des sherpas à haute altitude ?
Nathan Bryan a fait une proposition de classement de
300 aliments testés selon leur indice en oxyde nitrique afin de traduire en
aspects pratiques les diverses effets bénéfiques observés. Dans le peloton de
tête sortent notamment le jus de betterave rouge, les épinards et la
chicorée.
En conclusion, de nombreux auteurs soulignent les
effets particulièrement favorables sur la protection sanitaire, la circulation
sanguine et l'irrigation des tissus, la prévention des maladies
cardiovasculaires. Les nitrates doivent être considérés comme des nutriments
indispensables à notre santé, comme les vitamines. De fortes consommations de
nitrates, notamment permises par l'abondance de légumes dans les rations, sont
unanimement conseillées.
Les médecins présents sont conscients que la pente va
être raide avant de pouvoir faire entendre un tel discours détonnant et
politiquement incorrect auprès des pouvoirs publics et des institutions
internationales.
Jean-Marie Bourre de l'Académie nationale de médecine
est parfaitement conscient que la question de l'acceptabilité sociale entre en
jeu. " Nous, scientifiques et médecins, estimons que dès lors qu'une chose
est réelle et cartésienne, elle doit être acceptée. " Or, a-t-il reconnu,
ce n'est pas comme cela que ça se passe : " La relation sociale est
aujourd'hui plus émotionnelle que cartésienne. Un élu va tout de suite vous
poser la question de l'acceptabilité sociale. Et en ce moment, elle est nulle
pour les nitrates... "
La solution pourrait passer par la publication
d'articles de vulgarisation auprès du grand public. " Il nous faut publier
dans des revues généralistes pour que le grand public sache que le problème
n'est pas là où il le croit ", a suggéré Jean-Marie Bourre. Vaste
entreprise en perspective : dans la salle, aucun journaliste de la presse
généraliste n'était présent.