Algues vertes : de nouvelles contraintes pour les
agriculteurs
Le 21 juillet dernier, le préfet du Finistère a signé les
arrêtés portant modification des arrêtés préfectoraux relatifs au
4ème programme d'action de protection des eaux contre la pollution
par les nitrates d'origine agricole.
Ces modifications concernent
les bassins versants situés en amont des baies sujettes à la prolifération
d'algues vertes (anses de Locquirec, de l'Horn-Guillec, de Guisseny, baie de
Douarnenez et de Concarneau).
Ces arrêtés fixent
:
- l'obligation(1)
pour l'ensemble des agriculteurs concernés de déclarer annuellement les flux
d'azote produits et échangés sur ces territoires,
- la limitation des apports
annuels d'azote toutes origines confondues à 210 kg d'azote/ha de SAU à compter
de la prochaine campagne culturale,
- le recul de la date de début
d'épandage au 15 mars pour la culture du maïs et pour les fertilisants
tels que les lisiers, les fumiers de volaille et les fientes contenant
plus de 65% de matières sèches.
La modification des arrêtés
préfectoraux "directive nitrates" constituent le premier volet de la mise en
œuvre des mesures préventives prévues dans le plan gouvernemental "algues
vertes" et présenté aux acteurs locaux le 5 février dernier.
(1) Pour 2010,
cette obligation ne concerne que les baies de la Lieue de Grève et de
Saint-Brieuc car il s'agit de bassins expérimentaux définis par le plan
gouvernemental de lutte contre les algues vertes. Elle sera étendue à l'ensemble
des autres bassins versants en 2011.
Communiqué
Préfecture
FDSEA : Il est urgent d'attendre !
Plutôt que d'imposer de
nouvelles contraintes aux agriculteurs, la FDSEA demande à l'Etat d'attendre un
peu, le temps que les modifications de pratiques des agriculteurs aient porté
tous leurs fruits... et de vérifier que les mesures prises aient bien un impact
sur la prolifération des algues vertes !
"L'Agence de l'eau a déclaré
50% des masses d'eau du Finistère en bon état écologique, alors que l'objectif
est de parvenir à 60% en 2015, rappelle Ronan Le Menn, agriculteur à Quéménéven,
sur la baie de Douarnenez, et qui a suivi le dossier "algues vertes" pour la
FDSEA. Ces bons résultats reflètent l'engagement de la profession agricole
depuis le début des années 90 en faveur de l'environnement. Et ils ne
s'arrêteront pas là". Pour preuve, alors que le taux de nitrates moyen des eaux
de surface se situait entre 35 et 40 mg/l en 1994, il est maintenant en-dessous
des 30 mg et continue à descendre, traduisant, avec un temps de retard, les
modifications de pratiques des agriculteurs. "Alors, pourquoi rajouter une
nouvelle couche, sans même prendre le temps d'attendre les résultats de
l'expérimentation menée dans les deux bassins versants des Côtes d'Armor
?"
La déclaration des flux d'azote
est perçue par les agriculteurs comme une contrainte administrative
supplémentaire. "Il ne faudrait pas qu'elle décourage les agriculteurs qui
reçoivent des déjections animales en provenance des élevages voisins et les
incite à dénoncer leurs plans d'épandage", s'inquiète Ronan Le Menn. A condition
de trouver le financement nécessaire, des mesures de désintensification pourront
également être contractualisées dans ces zones avec, à la clé, une limitation de
la fumure azotée. "Comment feront les éleveurs qui verront se réduire les mises
à disposition de terres par leurs voisins ?"
L'interdiction d'épandage de
lisier sur maïs avant le 15 mars pose également problème. "Faudra-t-il prévoir
des capacités de stockage supplémentaires pour les années pluvieuses, quand les
épandages n'auront pas pu avoir lieu sur céréales", s'inquiète Ronan Le Menn.
Des épandages bien souvent réalisés par Cuma ou par entreprise. "Et si les
épandages sur maïs sont décalés au mois d'avril, juste avant le semis, comment
vont-elles parvenir à gérer les calendriers, les emplois du temps de leurs
salariés...".
Article paru dans TerrA n°231 du
30 juillet 2010