Agriculture et gaz à effet de serre : Attention aux
manipulations intellectuelles
A quelques jours de la clôture du
sommet de Copenhague, Thierry Merret, président de la FDSEA, s'interroge sur
le débat mené autour du réchauffement climatique.
Les médias sont dans les
starting-blocks : depuis quelques semaines, la presse s'affole autour du
réchauffement climatique. Et si vous n'avez pas encore mauvaise conscience, cela
ne saurait tarder ! Ecologistes, malthusianistes, welfaristes, végétariens,
partisans de la décroissance : chacun a sa théorie sur les origines, les
conséquences et les remèdes au réchauffement climatique. Ainsi a-t-on pu lire
dans un grand quotidien national que le divorce a un impact sur le changement
climatique ! C'est pour l'anecdote...
L'agriculture émet 9% des GES
Mais (et là c'est moins drôle), le
changement climatique devient une occasion de plus pour tirer à boulets rouges
sur l'agriculture conventionnelle. En cette semaine du sommet de Copenhague, la
pression s'intensifie autour de l'agriculture. Le Figaro titrait, le lundi 23
novembre : "Europe, l'agriculture émet trop de gaz à effet de serre".
Pourtant, d'après un rapport du Parlement européen, l'agriculture n'émet que 9%
des GES, les gaz à effet de serre, contre 59% pour l'énergie et 21% pour les
transports. Attention donc aux manipulations intellectuelles !
Les partisans de la décroissance
trouvent pourtant des relais médiatiques pour prôner une réduction drastique de
la production de viande, mais aussi une régulation de la démographie (des
programmes de planification familiale sont à l'étude pour réduire les émissions
de gaz à effet de serre...). Dès 1968, avec la fondation du Club de Rome,
certains économistes ont avancé des thèses relativement douteuses sur les
dangers de la croissance économique et démographique. Le réchauffement
climatique a remis au goût du jour ces développements. Mais est-il socialement
et humainement acceptable d'envisager de réduire la production agricole, et donc
la nourriture, alors que plus d'un milliard de personnes souffrent de la faim
dans le monde ? Et sans aller jusqu'à la famine, la consommation de viande
contribue à assurer l'équilibre nutritionnel des populations. Qui osera élever
la voix pour interdire aux pays émergents de consommer de la
viande ?
Un peu de rationalité !
La nécessité de lutter contre le
changement climatique, en réduisant les gaz à effet de serre, appelle à la
rationalité, tant sur le diagnostic (qui est responsable de quoi ?) que sur
les réponses à apporter. Jouer sur les peurs des gens, instaurer un climat de
terreur sur le réchauffement climatique est irresponsable et stérile, d'autant
que toute la communauté scientifique n'est pas d'accord sur la réalité du
changement climatique et ses éventuelles conséquences.
Il serait intolérable que
l'agriculture bretonne soit de nouveau mise au banc des accusés sur le sujet du
changement climatique. Les algues vertes ont déjà déclenché une salve d'attaques
contre notre agriculture, sans qu'aucune étude scientifique "grandeur nature"
n'établisse exactement le lien avec les flux de nitrates ! Pour se donner
du baume au cœur, sachez quand même que la Bretagne, en matière de bilan
carbone, est la meilleure région de France, et l'une des toutes meilleures en
Europe ! N'hésitez pas à le dire, et à le revendiquer !
Thierry
Merret
Président de la
FDSEA
Article paru dans TerrA n°197 du
11 décembre 2009