La France doit définitivement mettre fin à la mise sous tutelle
de ses producteurs de lait !
En 2003, la filière laitière
française était considérée comme l'une des plus compétitives en Europe, un réel
fleuron de l'industrie agro-alimentaire français. Or, la sous-réalisation
chronique du quota français, telle que volontairement organisée et entretenue
toutes ces dernières années, nous apparaît être le symptôme d'une décadence
annoncée de notre filière.
Eleveurs de vaches laitières, nous
avons décidé de dénoncer les orientations politiques françaises qui amènent à
tirer vers le bas le revenu des producteurs tout en confortant une image
d'assistés, incapables de maintenir une balance commerciale alimentaire
forte ! Et pour cause, l'Etat préfère nous octroyer des emprunts à taux
bonifié plutôt que nous laisser produire le quota français ; pire encore,
il pénalise les producteurs qui tendent à optimiser leur exploitation et ceci,
alors que la situation alimentaire mondiale est tendue. La France a le devoir de
produire au minimum son quota et ceci avant leur fin annoncée en
2015 !
Explications sur une
règlementation franco-française qui pénalise les éleveurs
Depuis 1984, la production laitière
européenne est gérée par des quotas laitiers affectés aux différents Etats
membres. En France, nous avons, par ailleurs, décliné cette référence à
l'échelle individuelle, une pénalité ou plus précisément une taxe fiscale
affectée étant appliquée en cas de dépassement. Si nous ne souhaitons pas payer
cette taxe, nous sommes dans l'obligation de jeter notre lait, quand bien-même
la France s'enfonce dans une sous-réalisation record (- 9% en 2009) ou que les
cours crèvent les plafonds comme en 2010 !
Une gestion des
volumes qui pénalise notre compétitivité !
Lors de la crise de 2008-2009, les
autorités françaises nous ont expliqué qu'il était préférable de contenir la
production de lait (diminuer l'offre) pour contribuer à faire remonter nos prix
de vente. Ainsi, après avoir gelé l'augmentation annuelle de 1%, les producteurs
français ont eu le droit de produire les 2% d'augmentation des quotas décidée en
2008 par l'Europe qu'en début 2011. De plus, alors que la production laitière
française était inférieure de 9% par rapport à son quota national, nos autorités
ont appliqué des pénalités aux producteurs en dépassement de leur quota
individuel tandis que nos distributeurs, et parfois même nos industriels,
importaient à moins cher des volumes grandissants du Nord de
l'Europe.
Face à une crise qui n'était pas une
crise de surproduction mais bien une crise de réduction conjoncturelle de la
demande mondiale, la chute des prix n'a bien évidemment pas pu être évitée.
Cette politique de gestion restrictive des volumes a obligé un grand nombre
d'entre nous, producteurs, à contracter des prêts de trésorerie pour pouvoir
vivre, puisque, contrairement aux autres éleveurs européens, nous ne pouvions
compenser la baisse des prix par une augmentation du volume. Cependant, comme
chacun sait, un prêt ça se rembourse, ça pèse dans les trésoreries et pour
longtemps ! Enfin, pourquoi n'avons-nous pas accès à la logique économique
qui prévaut partout ailleurs en Europe ?
En 2011, nos entreprises laitières,
après avoir annoncé de nouvelles tensions à la hausse sur les marchés, nous
invitent à nouveau, aussi surprenant que cela puisse paraître, à maîtriser notre
production. Ainsi et alors que la France reste toujours et encore en
sous-réalisation de son quota au niveau national (au minimum de 6%), nos
autorités confirment l'orientation de faire payer des pénalités (taxes) aux
producteurs en dépassement (0,28cts d'euro par litre). Même si le prix de vente
du lait a augmenté, une fois de plus, les producteurs risquent de se retrouver
dans une situation financière presqu'aussi difficile que l'année passée, en
raison de l'augmentation disproportionnée des prix des matières premières
(alimentation et énergie) à laquelle s'ajoute la charge supplémentaire liée au
remboursement des prêts " gracieusement " consentis par les banques pendant la
crise précédente !
Les producteurs
sont-ils majeurs ?
Il nous arrive de penser que les
producteurs deviennent, de plus en plus, à être considérés comme de simples
serviteurs, dévoués corps et âmes, au service des autres membres de la
filière :
- On nous a fait souscrire des prêts
aux banques : cette mesure visait-elle à nous aider ou à soutenir les
banques pour leur permettre de se renflouer ?
- On nous contraint à ne pas
produire plus : cette décision nationale spécifique sur un marché
européen totalement ouvert peut-elle vraiment contribuer à influer sur les
prix de vente du lait au détriment de la compétitivité de notre pays ? La
France n'a jamais autant importé de produits laitiers qu'au cours de ces deux
dernières années...
On voudrait nous emmener dans le mur,
qu'on ne s'y prendrait pas autrement !
Reconquérir
notre droit à produire
Alors que nos partenaires européens
préparent sereinement leurs producteurs vers la sortie des quotas laitiers
décidée par Bruxelles en 2008, la France semble vouloir persister à brider ses
producteurs :
-
Les autorités
nous contraignent à signer individuellement des contrats avec nos
entreprises : est-ce par plaisanterie ou par incompétence ? Seul
face à une entreprise, le producteur laitier ne peut rien ! Il devra tout
accepter, même l'inconcevable : une grande entreprise laitière du CAC 40,
fleuron de l'excellence française (Danone), a été jusqu'à proposer à ses
producteurs de lait un contrat qui les obligent à payer eux-mêmes les frais de
collecte pour une partie de leur production ! La négociation, pour pouvoir
être équilibrée, doit être collective et passer par une organisation
structurée des producteurs !
-
La France
n'étant plus en mesure de produire sa référence, il est inacceptable de
maintenir une gestion restrictive des quotas au niveau individuel basée sur
l'application de pénalités (taxes) chez les producteurs en dépassement ! Seuls
les producteurs laitiers français y sont soumis. Comme cette pénalité n'est
pas demandée par l'Europe ni déclarée à l'Europe, les producteurs ne savent
même pas ce qui est réellement fait du fruit de cette nouvelle taxe !
Trop, c'est trop !
Face à ces
incohérences, nous avons décidé que sur la campagne en cours, nous allions
produire et livrer à nos laiteries respectives tout le lait que nous pouvons
produire. Et comme la France ne dépassera pas son quota national d'ici fin mars,
si l'une de nos laiteries décidait de nous prélever la moindre pénalité, nous
nous sommes mutuellement associés pour :
- agir en justice contre cette
laiterie et l'Etat,
- et interroger en parallèle, comme
le prévoit le Traité de Lisbonne (Article 263), directement la Cour de Justice
Européenne quant à la conformité de la gestion des quotas telle qu'appliquée
depuis des années par la France au regard du droit européen.
Nous avons mûrement réfléchi et nous
avons décidé cette action car nous la jugeons être dans l'intérêt de TOUS les
éleveurs laitiers !
Les signataires
producteurs de lait : Christine Lairy, Rannée (35) - Alain
Grosset, Gevezé (35), Claude Challier - Reffuveille (50), Pascal Crenn –
Guipavas (29), Claude Patinec – La Forest Landerneau (29), Jaap Zuurbier –
Plounévézel (29), Serge Le Doaré - Plomelin (29)
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