Mais comment font les producteurs allemands ?
C'est la question à laquelle a
tenté de répondre la journée lait, organisée par la FDSEA le 15 juin
dernier.
"Quelque soit le pays, en Europe, il
n'y a pas d'exploitation laitière viable dans un contexte figé de prix de 2009",
estime Christophe Perrot. Mais comment expliquer qu'avec un prix qui a chuté
jusqu'à 190 €/1 000 l, les producteurs allemands aient pu résister à la crise ?
L'institut de l'élevage, qui planche sur la question, a tenté de répertorier les
distorsions de concurrence. Ainsi, nos voisins bénéficient d'une TVA au forfait
qui revient,de fait, à une sorte de subvention à la valeur ajoutée, pouvant
représenter jusqu'à 13 €/1 000 l. Les aides à l'investissement y sont aussi plus
généreuses, car moins saupoudrées. Et le biogaz se développe, rentable au point
de faire grimper le loyer des terres agricoles jusqu'à 800 €/ha !
Un prix du lait inférieur, un revenu supérieur
Résultat : en 2009, avec un prix
moyen du lait de 250 €/1 000 l, le revenu du producteur de lait allemand
atteignait 11 000 €/UTA alors qu'il n'était, en France, que de 9 000 €, malgré
un prix du lait plus élevé, 298 €. "De plus, en Allemagne, la volatilité des
prix est encore plus forte que chez nous", explique Christophe Perrot. S'il y
est descendu plus bas que chez nous, il avait, auparavant, grimpé plus haut,
laissant aux producteurs une réserve dans laquelle ils ont puisé pour passer la
crise.
Une grosse claque
Tout juste revenus d'un voyage en
Allemagne, les membres de la section lait de la FRSEAO avouent avoir "pris une
grosse claque". "Nous avons visité des exploitations au coût d'équilibre à 250
€/1 000 l, salaires compris, détaille Serge Le Doaré, membre du bureau de la
section lait de la FDSEA. Quand le prix va passer à 300 €, ils vont chercher à
se développer".
"La principale préoccupation des producteurs est de savoir
ce que fera leur entreprise de collecte des volumes supplémentaires qu'ils
entendent produire à la sortie des quotas, rajoute Franck Guehennec, président
de la section lait de la FRSEA. Le prix vient en seconde position". Si les
contrats ne leur font pas peur, ils les veulent d'une durée la plus courte
possible, "afin de renégocier rapidement les volumes".
Oser le marché
"Pour qu'un marché puisse monter, il
faut aussi qu'il puisse descendre", rappelle Christophe Hamon, directeur de
Breiz Europe, avant de distiller quelques conseils aux producteurs. "Il faut se
remettre dans la configuration de l'Europe et du marché. Et cesser d'être sur la
défensive. En volaille, on est sur la défensive depuis 15 ans. Et on voit ce que
ça a donné".
"Ici, contrairement aux autres pays européens, la filière a
joué le rôle d'airbag", affirme Guy Le Bars, en évoquant le différentiel de
prix. Et le résultat ne s'est pas fait attendre. "40% d'importations en plus, et
des exportations en berne". Et le président du groupe Even de rappeler quelques
chiffres. "Au sein de Laïta, 4 producteurs sur 10 travaillent pour l'export, 2,5
à destination de l'Europe, 1,5 pour le grand export. Si on veut une politique de
prix décalés, il faut se poser les bonnes questions pour 40% des
producteurs".
Article paru dans TerrA n°226 du
25 juin 2010