2009 une année difficile, 2010 d'importants chantiers
François PLOUGASTEL, Président de
la section laitière de la FDSEA, se veut optimiste pour 2010, malgré les
nombreuses incertitudes vis-à-vis du contexte agricole global.
Les résultats comptables sont
désespérants pour les producteurs de lait, alors que cette activité est très
astreignante ! Tous attendent une remontée du prix du litre de lait. Cependant,
et il faut en être conscient, une hausse ne sera durable, que si la filière
réussit à s'adapter au nouveau contexte économique.
Tout d'abord, le prix du litre de
lait en France ne pourra pas être totalement déconnecté des prix dans les autres
bassins de production. En 2009, l'écart entre le prix français et le prix
allemand a été de 37 €/1000 l. Il en résulte une perte de compétitivité de
la filière française qui se traduit par une baisse de nos exportations et une
augmentation des importations de produits laitiers.
Ensuite, la filière de l'Emmental
doit se restructurer. Les autres fromages destinés à l'exportation, Gouda et
Édam, voient leurs cotations progresser, tandis que celle de l'Emmental reste à
un niveau très bas. Compte tenu de l'importance de la fabrication d'Emmental en
France, cette absence d'évolution pénalise lourdement la valorisation du lait
pour toute la filière laitière.
Par ailleurs, une solution de reprise
pour tous les producteurs de lait livrant actuellement à Entremont-Alliance doit
être trouvée rapidement. La situation actuelle d'incertitudes et d'atermoiements
n'a que trop duré. Cette entreprise pèse sur la pérennité de la filière, sur les
négociations du prix du litre de lait, ainsi que sur la restructuration de la
filière Emmental ! Laisser Entremont-Alliance seul, c'est prendre un risque
démesuré pour demain ! Une lettre ouverte a été récemment envoyée par la
FRSEA au Préfet de Bretagne, pour qu'une issue soit trouvée au plus vite.
Enfin, toutes les filières doivent
mener une chasse aux distorsions de concurrence environnementales, sociales et
économiques que subissent depuis trop longtemps les producteurs français par
rapport à leurs voisins européens. Par exemple, en Allemagne, le gouvernement
conduit un programme d'amélioration des structures agricoles. Il rassemble la
quasi-totalité des aides aux investissements, notamment pour l'amélioration des
structures de production et de mise sur le marché. En parallèle, les Länder
programment des plans de développement rural, dont les mesures cofinancées par
l'Union européenne servent à remédier aux contraintes naturelles et
économiques. À cela se rajoutent des distorsions
d'ordre social et fiscal. La politique allemande en faveur de l'agriculture
renforce les producteurs face aux crises conjoncturelles.
Les quotas et les prix garantis ont
donné de la visibilité aux producteurs pendant 25 ans. Il n'y a plus besoin de
répéter que le démantèlement des outils de gestion a rendu la filière laitière,
et surtout les producteurs, vulnérables face aux fluctuations des marchés. Le
'soft landing' (atterrissage en douceur) prôné par Marian Fischer Boël est
devenu un crash brutal, reflétant une inadaptation de nos filières à la
libéralisation des marchés décidée par l'Union européenne ! Aussi, tout
l'enjeu pour l'année 2010, sera de rééquilibrer le rapport de force entre les
producteurs et les industriels : les producteurs vont devoir S'ORGANISER
!
Lors des réunions cantonales de la
FDSEA, il est d'ailleurs ressorti une volonté commune à tous les producteurs de
" défendre la place de l'agriculture et des agriculteurs face aux
pressions économiques, mais aussi sociétales ". La FDSEA, forte de
cette unanimité, est force de propositions sur ces sujets.
De nouvelles réunions
d'arrondissement, ouvertes à tous les agriculteurs, sont d'ores et déjà prévues
afin de continuer d'échanger et de déterminer, ensemble, nos leviers d'actions
pour demain.
Propos de François Plougastel,
Président de la section laitière, recueillis par Claire Le Grand
Article paru dans TerrA n°208 du
19 février 2010