Réunion d'arrondissement FDSEA :
Zoom sur les
pratiques de la distribution
Du 7 au 16 février derniers, la
FDSEA invitait ses adhérents et sympathisants à venir échange lors de réunions
d'arrondissement autour du thème " A quelles conditions et avec quels
moyens, les agriculteurs peuvent-ils espérer tirer leur épingle du jeu, au sein
des filières ? ".
Quel partage de la valeur ajoutée au sein des filières ?
Pour enrichir le débat, la FDSEA
accueillait Olivier Mével, Maître de conférences à l'Université de Bretagne
Occidentale (UBO) ainsi que Philippe Manach, consultant associé,
spécialisés dans les pratiques commerciales et notamment celles de la grande
distribution. A l'origine du débat : le partage de la valeur ajoutée entre
les producteurs, les transformateurs et les distributeurs.
Producteurs : la variable d'ajustement
Le constat de base est plutôt clair,
constat que la FDSEA dénonce depuis trop longtemps : les producteurs sont
la variable d'ajustement. Les chiffres illustrent parfaitement ce constat :
pour satisfaire les 65 millions de consommateurs français, on se retrouve face à
6 géants de la distribution. A l'autre bout de la chaîne, on compte plus de
500 000 agriculteurs français et entre ces deux maillons, la route est
longue ... On dénombre ainsi 3000 coopératives et 60 000 entreprises
industrielles, puis les 11 500 industries agroalimentaires et enfin les 30
multinationales, qui se partagent à elles-seules 80% des parts de marché.
Pourtant, Olivier Mével revendique la force des agriculteurs à produire des
minerais bretons, minerais qu'il qualifie d'or blanc, d'or jaune, ou encore d'or
rose : le discours est volontairement optimiste. Selon lui, nous avons
connu le règne des industriels jusqu'à la fin des années 80, et depuis nous
connaissons le règne des distributeurs. Et le règne des producteurs alors ?
Nous pourrions y arriver. Comment ?
Jouer sur la concurrence
Plusieurs leviers d'actions doivent
être saisis, notamment via l'aspect règlementaire : le gouvernement doit
ouvrir la distribution à la concurrence par l'abrogation de la Loi Raffarin.
Aujourd'hui, la loi française est telle qu'elle ne permet pas aux enseignes
étrangères de s'y implanter. Les producteurs interpellent pourtant Olivier Mével
sur ce point : multiplier les distributeurs ne fera que tirer le prix des
produits alimentaires vendus en GMS vers le bas, et donc diminuer le prix de
vente de nos produits agricoles. N'est-ce pas risqué ? Justement !
Pour le conférencier, la concurrence ente distributeurs jouera en la faveur des
producteurs.
Un guichet unique
Autre levier d'action : amender
la LMA (Loi de Modernisation de l'Agriculture) du point de vue de la
contractualisation en redonnant le pouvoir de négocier aux producteurs, et
favoriser la constitution des OP et AOP (Associations d'organisations de
producteurs) afin de mettre en place un guichet unique, pour vendre les
" minerais agricoles ". Il faut créer le manque chez les
distributeurs ! On inverserait alors le monopole de la grande distribution
envers les producteurs, c'est ce qu'on appelle en économie un monopsone. Ce sera
aux producteurs de se prendre en main. Pour la FDSEA, la priorité est de
renforcer les OP, tâche à laquelle elle s'attèle, car c'est le seul rempart à
l'anarchie des relations producteurs/acheteurs au profit des transformateurs. La
force de négociation et de gestion de la mise en marché des produits agricoles
ne sera vraiment prégnante que si l'on réussit ensemble à fédérer les OP en
Associations d'organisations de producteurs, comme cela est proposé dans le
" mini-paquet lait ". Une chose est sûre : même si
l'Europe a pris acte de la nouvelle donne économique avec un rapport de
force toujours plus favorable au distributeur, son rôle est de faire appliquer
le droit de la concurrence. La balle est dans le camp des
producteurs !
Article paru dans TerrA n°261 du
vendredi 25 février 2011