Laurent Abhervé-Guéguen - Un homme
pressé
L'hiver dernier, Laurent Abhervé-Guéguen a été élu président FDSEA du
canton de Taulé. Portrait d'un éleveur qui ne manque ni d'activités ni de
projets.
"J'ai vu
mes parents bosser toute leur vie. Je n'avais pas envie de faire la même chose".
Né sur une exploitation qui produit à la fois du porc et du chou-fleur, avant
que celui-ci ne soit arrêté au milieu des années 80, Laurent Abhervé-Guéguen se
dirige vers un Bac électrotechnique puis obtient un DUT génie électrique et
informatique industrielle. "On y traite d'automatisation, ce qui s'applique
aussi au cochon. D'ailleurs, mon stage portait sur la régulation de la
ventilation en élevage de porcs".
S'organiser autrement
Puis il
cherche un premier emploi. "Pas si simple ! Il me fallait indiquer à mon futur
employeur que j'allais le quitter d'ici peu pour effectuer mon service
militaire". C'est à ce moment que sa mère connait des ennuis de santé et doit
être arrêtée un long moment. "J'ai décidé de la remplacer. Et c'est là que j'ai
pris goût à l'élevage".
Sa
décision est prise : il sera agriculteur. Et fait d'une pierre deux coups.
"Notre voisin partait en retraite. Acheter son exploitation nous donnait une
dimension suffisante pour embaucher un salarié et organiser autrement l'élevage,
avec des horaires plus raisonnables et des week-end disponibles".
Restructurer l'élevage
Ses
obligations militaires remplies, il décroche un BPREA, porte l'effectif de 260 à
340 truies, grâce au rachat de l'élevage d'un autre voisin, et s'installe en
février 2003, en Gaec avec ses parents, avant de s'attaquer à la remise à jour
des bâtiments de l'élevage. "En 2004, nous avons construit la station de
traitement. Une maternité en 2005, un premier engraissement en 2006, un second
en 2007, réalisé la mise aux normes bien-être truies en 2008, érigé un silo-tour
pour la FAF en 2009 et construit un post-sevrage en 2010". Pour limiter les
coûts, le Gaec opte pour une bonne partie d'autoconstruction et du matériel
d'occasion, comme cette maternité, démontée à Plonéour Lanvern. "C'était un peu
de boulot. Mais le jeu en valait la chandelle".
La
restructuration interne a permis de spécialiser les deux sites de l'élevage, et
de rationaliser le travail, un objectif que Laurent s'était fixé dès son
installation. "Mais il nous aura fallu plus de temps que prévu. La banque a
freiné nos investissements. Puis la crise est arrivée". Malgré cette crise, dans
laquelle la profession est engluée depuis près de 4 ans, le jeune éleveur ne
manque pas de projets. "Nous aimerions passer à 400 truies".
JA et FDSEA
Même si
le travail ne manque pas sur l'exploitation, Laurent s'intéresse au syndicalisme
dès son installation. Et devient rapidement vice-président du syndicat local
FDSEA et président du CCJA. "L'Agrifête, en 2001, a permis de fédérer beaucoup
de jeunes", se souvient-il.
Tandis
qu'une nouvelle équipe prend le relais chez les JA, "des jeunes de 22-23 ans",
la FDSEA fait aussi le choix de travailler au niveau du canton. "Des réunions
sont toujours organisées dans les communes, notamment pour le foncier. Mais l'AG
est cantonale, ce qui permet d'avoir une bonne cinquantaine de participants et
plus d'intervenants". Et Thierry Merret, président de la FDSEA et agriculteur à
Taulé, en animateur de réunion. "Jusqu'à présent, il était aussi président du
canton, mais a souhaité déléguer, explique Laurent, qui vient de prendre sa
place l'hiver dernier. Heureusement, je peux toujours compter sur lui pour
m'épauler, en cas de problème".
Impliqué
dans le syndicalisme, Laurent siège également dans le groupe Jeunes et au
conseil d'administration de Prestor, son groupement. Et a longtemps pratiqué du
sport de haut niveau. "Jusqu'à mes 26 ans, j'ai fait du hand en Nationale 2,
avec 4 entraînements par semaine et un match le week-end". Papa de deux petits
garçons, de 4 et 2 ans, il lui faut maintenant arbitrer entre toutes ces
activités, pour réserver du temps à sa famille.
Article paru dans TerrA n°245 du 5 novembre
2010