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  20/10/2006
  Fermiers: Taxes foncières – Nouveauté en 2006 - Comment répercuter au locataire l'exonération de 20 % (article paru dans TerrA n°34)


FERMIERS

Taxes foncières  – Nouveanté en  2006 : Comment répercuter au locataire l'exonération de 20 %


La loi de finances pour 2006, a institué une exonération de 20 % de la taxe foncière sur les propriétés non bâties. Cette exonération effective dès 2006, devra s'accompagner au moment du paiement du fermage, d'une nouvelle répartition de l'impôt foncier entre le propriétaire et le locataire.

Une exonération de 20 %

L'exonération de 20 %, de la taxe foncière sur les propriétés non bâties agricoles, porte sur la base d'imposition constituée par le revenu cadastral. Elle ne s'applique que sur la part revenant aux communes ou aux intercommunalités et le cas échéant, sur celle des syndicats de communes.

L'exonération est permanente, elle s'appliquera les années à venir.

Cette exonération est d'effet immédiat pour le propriétaire exploitant agricole qui est le bénéficiaire direct de la baisse d'impôt. En revanche, qu'en est-il pour le locataire ?

La répercussion de l'exonération sur le locataire

Conformément au code général des impôts, la taxe foncière est établie au nom du propriétaire. Toutefois, le législateur a eu la volonté de faire de l'exploitant le bénéficiaire exclusif de l'exonération. Ainsi, l'article L 415-3 du Code Rural stipule quele montant de l'exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties..., doit, lorsque ces terres sont données à bail, être intégralement rétrocédé aux preneurs des terres considérées ".

Comment répercuter l'exonération au locataire

Il faut tout d'abord rappeler que l'article L 415-3 du Code Rural prévoit, pour les biens pris à bail, de mettre à la charge du locataire, au profit du bailleur, une fraction du montant global des taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties. A défaut d'accord amiable entre les parties, cette fraction est fixée à 20 % (4/5 de l'impôt pour le bailleur, 1/5 pour le fermier).

Ce même article prévoit que la répercussion de l'exonération de 20 % sur le foncier non bâti s'applique de la façon suivante :

  • lorsque le pourcentage des taxes foncières mis à la charge du preneur est supérieur ou égal à 20 %, le preneur rembourse au bailleur une fraction de la taxe foncière sur les propriétés non bâties égale à la différence de ces deux pourcentages multipliée par 1,25.
  • lorsque le pourcentage des taxes foncières mis à la charge du preneur est inférieur à 20 %, le bailleur déduit du montant du fermage dû par le preneur une somme déterminée en appliquant au montant de la taxe foncière sur les propriétés non bâties un taux légal à la différence entre ces deux pourcentages multipliée par 1,25.
Exemples :

1er cas : le pourcentage des taxes foncières (bâties et non bâties) mis à la charge du preneur est égal à 20 %

 

Situation avant réforme

Montant de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB) acquittée par le bailleur : 100€

Part du bailleur : 80€

Part du preneur : 20€

 

Situation après réforme

Montant de la TFPNB acquittée par le bailleur : 80€ (après application de l'exonération de 20 %)

Part de la TFPNB remboursée par le preneur au bailleur : 80 x (20-20) % x 1,25 = 0€

La charge de la TFNB du bailleur demeure inchangée : 80€ (TFNB acquittée par le bailleur 80€ - 0€ remboursé par le preneur).

Le fermier ne doit pas sa part d'impôt sur le foncier non bâti.

2ème cas : le pourcentage des taxes foncières mis à la charge du preneur est supérieur ou égal à 20 %

Le bail prévoit que  le pourcentage des taxes foncières (bâties et non bâties) mis à la charge du preneur est de 30 %

 

Situation avant réforme

Montant de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB) acquittée par le bailleur : 100€

Part du bailleur : 70€

Part du preneur : 30€

 

Situation après réforme

Montant de la TFPNB acquittée par le bailleur : 80€ (après application de l'exonération de 20 %)

Part de la TFPNB remboursée par le preneur au bailleur : 80 x (30-20) % x 1,25 = 10€

La charge du TFPNB du bailleur demeure inchangée : 70€ (TFPNB acquittée par le bailleur 80€ – Remboursement de TFPNB par le preneur 10€)

Le gain pour le preneur est égal à 20€ et correspond à l'allègement total de la TFPNB (100 x 20 %).

3ème cas : le pourcentage des taxes foncières mis à la charge du preneur est inférieur à 20 %

Le bail prévoit que le pourcentage des taxes foncières (bâties et non bâties) mis à la charge du preneur est de 10 %.

Le montant du fermage dû par le preneur s'élève à 400€.

 

Situation avant réforme

Montant de la TFPNB acquittée par le bailleur : 100€

Part du bailleur : 90€

Part du preneur : 10€

 

Situation après réforme

Montant de la TFPNB acquittée par le bailleur : 80€ (après application de l'exonération de 20 %)

Réduction du fermage dû par le preneur :

80 x (20-10) x 1,25 = 10. € fermage restant dû : 390€

La charge du  TFPNB du bailleur demeure inchangée : 90€ (TFPNB acquittée par le bailleur 80 + diminution du fermage 10)

Le gain pour le preneur est égal à 20€, soit 10 correspondant à la diminution du fermage + 10 correspondant à l'absence de remboursement de la TFPNB au bailleur. Ce gain correspond à l'allègement total de la taxe foncière (100 x 20 %)

NB : pour ce qui est de la taxe Chambre d'Agriculture, les règles de partage entre le fermier et le propriétaire restent identiques, à savoir 50/50.

 

Un exemple de calcul global :

L'exemple de calcul global se fera sur la base de la feuille d'impôt ci-jointe et sur le principe.d'un bail prévoyant une répartition de l'impôt foncier bâti et non bâti de 4/5 bailleur (80 %) et 1/5 preneur (20 %).

Le calcul de la part à payer pour le locataire s'établira de la façon suivante :

Bâti : 80 + 45 + 15 = 140 x 1/5 =                                                       28€

Non bâti : 121 x (20-20) % x 1,25 =                                                    0€

Chambre d'Agriculture : 81 x 1/2 =                                                      40,50€

Frais de gestion de la fiscalité ..... locale : (28 + 40,50) x 8% =             5,48€

Soit donc un total dû par le fermier de :                                               73,98€

 

Dégrèvement sur le foncier non bâti

En plus de l'exonération de 20 % visée ci-dessus, votre propriétaire a pu bénéficier d'un dégrèvement sur le foncier non bâti.

Ce dégrèvement peut être accordé aux exploitants agricoles, à leur demande, en cas de perte de récoltes (grêle, inondation, sécheresse,...), perte de bétail (épizootie), et aux jeunes agriculteurs. Pour les jeunes qui bénéficient de la dotation d'installation ou des prêts à moyen terme spéciaux ou qui ont souscrit un CTE, ce dégrèvement, sur la taxe foncière sur le non bâti, est de plein droit de 50 %, pendant les 5  années suivant celle de leur installation.

Ils peuvent en outre, sur décision des collectivités territoriales, être dégrevés de la part de la taxe restant due (soit 50 %), pendant 5 ans au maximum à compter de l'année suivant celle de l'installation. Le dégrèvement suppose une déclaration par le JA, avant le 31 janvier de l'année suivant celle de son installation, par commune et par propriétaire, des parcelles exploitées au 1er janvier. Cette déclaration est à renouveler au cours des quatre années suivantes en cas de modification de la consistance parcellaire de l'exploitation.

Quand un dégrèvement est accordé, il faut bien comprendre qu'il s'agit d'une aide financière à l'exploitant . Les locataires n'étant pas connus de l'administration fiscale, leur aide passe par les taxes foncières du propriétaire, sous la forme d'un dégrèvement du foncier non bâti, à charge pour le propriétaire d'en faire bénéficier le locataire en place. En fait le propriétaire bailleur ne sert que d'intermédiaire, l'aide financière consistant en un dégrèvement, ne lui appartient pas.

" Le problème est que les bailleurs ne sont pas suffisamment informés, la feuille d'impôt ne leur rappelant pas ces dispositions légales" rappelle régulièrement Yannick MORE, représentant JA à la section des fermiers de la FDSEA, qui ajoute "du coup le propriétaire croit que ce "cadeau" fiscal est pour lui, et il est réticent à en faire profiter son destinataire légal". Chaque année, il faut combler ce déficit d'information car, d'une part certains bailleurs sont donc à leur insu en situation illégale et, d'autre part les JA qui ont pourtant fait la demande de dégrèvement, ne voit pas le retour de sommes parfois importantes, censées les aider lors des 5 premières années d'installation.

En conséquence, il faut rappeler que le fermier déduit du montant du fermage à payer une somme égale à celle représentant le dégrèvement dont a bénéficié le bailleur. Dans le cas où le paiement du fermage a eu lieu avant la fixation du dégrèvement, le propriétaire doit en ristourner le montant au locataire (article L.411-24 du Code Rural). Le dégrèvement bénéficie en totalité aux locataires quelle que soit la part d'impôt foncier remboursée aux bailleurs.

article paru dans TerrA n°34 - édition Finistère - 19 octobre 2006

 


Auteur : Dominique MOLINA

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