Fermiers : Quel avenir pour le fonds agricole ?
Président de la
section des fermiers de la FDSEA, Alain Le Bellac émet des réserves sur le fonds
agricole et sur le bail cessible qui viennent d'être adoptés avec la LOA, la loi
d'orientation agricole.
"Les
parlementaires viennent d'adopter la LOA. 3000 personnes entendues par une
commission nationale, 35 articles dans le projet de loi, 1700 amendements lors
des débats parlementaires et au final 105 articles, dans une loi dont les deux
mesures phares déçoivent les fermiers que je représente.
Je me demande même
si, à force de compromis, les élus n'ont pas anéanti les réflexions menées par
la Section Nationale des Fermiers et Métayers, depuis plus de 4 ans, sur le
fonds agricole et la cessibilité du bail.
Un bail cessible optionnel
Le fonds
agricole a été initialisé pour favoriser la transmission des exploitations dans
leur intégralité, et pour donner un cadre juridique à l'entreprise
agricole.
Les
parlementaires se sont contentés de s'inspirer du fonds de commerce sans tenir
compte des spécificités agricoles et sans inscrire la nécessaire évaluation de
l'entreprise en fonction de sa seule capacité à générer un revenu. De ce fait,
des installations continueront à se faire au prix fort et non à leur juste
valeur économique. Sans pour autant imposer un cadre rigide, il y avait moyen de
guider les parties vers une telle évaluation.
Concernant le
bail cessible, le seul point positif est son encadrement par le statut du
fermage. Malheureusement, pour le reste, les dispositions sont
décevantes.
Le bail cessible
est optionnel. Sachant qu'un fermier a en moyenne 5 propriétaires, il est peu
probable qu'ils seront tous intéressés par ce nouveau bail. Cela va provoquer la
juxtaposition, dans une même exploitation, de baux cessibles et de baux non
cessibles hors cadre familial. Qu'en est il alors de la vision globale d'une
entreprise et de sa transmission dans son intégralité ? Quel est l'intérêt de
déclarer un fonds agricole si le foncier n'est pas cessible ?
Risque d'éviction
Ce bail cessible
remet en cause la stabilité du fermier car, s'il est conclu pour 18 ans et
renouvelable par périodes de 5 ans au moins, la loi prévoit une possibilité de
reprise, sans motif, par le bailleur en fin de bail. Ainsi pour un jeune qui
s'installe à 25 ans, le couperet peut tomber tous les 5 ans à partir de ses 43
ans ! Bien sûr, il a été prévu une indemnité d'éviction, mais un JA s'installe
pour développer son entreprise et non pour toucher une indemnité !
Un bail au prix fort
Enfin, ce bail
sera d'un montant majoré de 50% par rapport au prix normal : qui a parlé de
réduction des charges sur les exploitations ? Chaque fermier risque de payer le
prix fort pour tous ses baux, voire même d'entraîner ses voisins dans la
spirale, dans le contexte actuel de forte pression foncière.
Côté fermiers,
nous ne ferons pas l'apologie de cette loi. Côté bailleurs, il n'est pas certain
non plus que ce soit le cas, même si les raisons sont différentes. Alors, coup
d'épée dans l'eau ? Texte qui a manqué de cuisson ? Une porte est entr'ouverte,
il faut faire évoluer les mentalités et la législation. Dommage au sortir d'une
loi dite d'orientation !"
Alain LE
BELLAC,
Président de la section des fermiers
du Finistère
article paru dans TerrA n°11 - édition Finistère
- 11 mai 2006