Une France fragilisée, une Europe incertaine : l’agriculture en première ligne
Edito de Jean-Alain DIVANAC’H, Président de la FDSEA 29
Notre pays s’enlise dans une instabilité politique. Ces dernières semaines encore, la seule question du budget de l’État a occupé le devant de la scène… sans qu’un vote ne parvienne à rassembler une majorité. Le rejet massif du budget 2026 à l’Assemblée nationale illustre, une fois de plus, la profondeur de la crise institutionnelle française : éclatement des blocs, alliances mouvantes, incapacité à dégager un cap commun et retour d’une politique politicienne qui, même sur l’un des actes les plus fondamentaux de la vie démocratique, prend le pas sur l’intérêt général.
Cette situation nourrit une morosité politique qui infuse l’ensemble de l’économie. Comment investir, comment anticiper, comment construire, lorsque la boussole nationale semble déréglée ? L’incertitude demeure la seule constante. Vers où va-t-on ? Aujourd’hui, personne n’est réellement en mesure de le dire, et les Français s’exaspèrent.
Cette fragilité interne affaiblit également notre position en Europe. Comment affirmer un leadership au sein de l’Union européenne quand nous peinons à mettre un minimum d’ordre chez nous ? La France, traditionnellement moteur européen, voit son influence se réduire. Elle n’est plus écoutée, parfois même isolée, au moment où les grandes orientations européennes exigent clarté, constance et capacité à convaincre. Il est urgent de réagir !
Le dossier du Mercosur en est l’illustration. À force de déclarations contradictoires, la France a envoyé un message brouillé, tandis que d’autres pays, à commencer par l’Allemagne, pourtant en difficulté économique, ont su peser fortement pour imposer leur vision. Paris n’a pas su rallier suffisamment de partenaires à sa position. Vouloir « faire plaisir à l’Europe » sans construire une stratégie stable n’a qu’un seul effet : fragiliser nos intérêts !
Soyons clairs : notre syndicat croit profondément en l’Europe. Nous n’opposons ni frontières ni repli national. Mais nous affirmons clairement que l’Europe ne doit pas se construire au détriment de ceux qui nourrissent ses citoyens. À l’approche des discussions sur la future PAC, la vigilance s’impose. Une renationalisation des aides serait un risque majeur pour l’équilibre de l’Union. Elle amplifierait les distorsions de concurrence déjà fortes entre États membres et mettrait à mal l’agriculture française, déjà confrontée à un défaut de compétitivité croissant.
Dans un contexte où les rapports commerciaux s’avèrent de plus en plus déséquilibrés, où nos exploitations doivent simultanément faire face à la volatilité des prix, aux contraintes réglementaires et à des attentes sociétales multiples, nous avons besoin d’un État stable, d’une Europe cohérente et d’une stratégie collective lisible. C’est ce que nos réseaux voudront exprimer à Bruxelles lors de la mobilisation prévue par le Copa-Cogeca le 18 décembre prochain !
C’est aussi dans cet esprit que la FDSEA continuera d’agir, de défendre et d’alerter : non pas pour entretenir l’inquiétude, mais pour rappeler qu’une agriculture forte suppose une vision politique forte. Et aujourd’hui plus que jamais, cette vision manque cruellement !



